5 Conseils INDISPENSABLES pour vos balades de ouacances …

C’est l’été, les ouacances, et les balades à cheval avec des chevaux inconnus dans des lieux nouveaux … Comme bien des cavaliers, difficile de résister à l’appel d’une promenade dans des espaces séduisants. Et puis, comment rester tout ce temps sans monter à cheval ???

Voici 5 conseils qui peuvent vous éviter de bien mauvaises surprises, des chutes et leurs conséquences rarement heureuses, n’est-ce pas ?  

Bien sûr, avant de vous décider à faire cette promenade, vous avez regardé attentivement l’état général des chevaux, comme celui des installations et du matériel et vérifier les compétences de votre accompagnateur.  Tout étant conforme à vos exigences, voilà que l’on vous propose un cheval pour votre sortie …

Avant de le panser et de le préparer, voici ce que je vous conseille de faire IMPERATIVEMENT avant d’imaginer le monter. Cela ne va vous prendre que quelques minutes et cela peut vous sauver la vie, rien que ça !

Prenez le temps de lire ces exercices, regardez bien les photos, et mieux encore, apprenez à les réaliser avec des chevaux que vous connaissez – ou venez les apprendre à l’Ecole du Cheval Autrement ou demandez-nous de venir vous les apprendre chez vous …

Mais ne montez JAMAIS un cheval qui ne répond pas positivement à ces 5 demandes !!!

1 – Toucher le cheval qui reste immobile, disponible, attentif et détendu …

Le cheval, attaché ou non, ayant son licol, vous vous assurez que vous pouvez le toucher sur tout le corps, le ventre, le passage de sangle, la tête, le dos (en insistant sur la ligne des vertèbres).  Vous passez aussi votre main sous la queue, plat de votre main vers le sol, pour voir si vous pouvez lever la queue aisément. Si oui, le cheval est détendu (la queue est « laxe »). Sinon, le cheval est tendu, stressé ou en douleurs.

   

  

Si le cheval bouge alors que vous le touchez, baisse les oreilles, voire tente de vous mordre, si sa queue reste plaquée, ne le montez pas ! Peu importe les raisons de ces comportements, vous ne seriez pas en sécurité sur son dos.

2 – Prendre les 4 pieds sans que le cheval ne se défende …

Avant même de curer les pieds, vous vous assurez que le cheval accepte de les donner aisément, sans rétiver, sans jamber (= sans envoyer l’antérieur vers l’avant), sans bouger, sans enrouler son encolure vers vous, oreilles baissées.

 

Si vous ne pouvez pas prendre les pieds, plus encore si le cheval refuse de ne donner qu’un seul pied, ne le montez pas ! Il y a de fortes probabilités que le cheval ait mal au dos et cela pourra se traduire par des « coups de cul » qui ne seront pas « de joie » mais bien de souffrance.  Et vous risquez d’aller goûter la fraîcheur de l’herbe … ou la dureté des cailloux !

3 – Passer la longe (ou votre veste, ou le tapis de selle) sur tout le corps du cheval, détendu, calme et attentif …

Vous allez passer l’objet choisi sur tout le corps du cheval, le dos, les postérieurs, la tête, l’encolure, doucement puis un peu plus fermement.  Durant la balade, vous pouvez avoir besoin de retirer une veste ou un pull, de sortir un mouchoir ou une carte et ces objets peuvent vous échapper et se retrouver brusquement sur le corps du cheval qui pourrait alors réagir trop vivement pour votre sécurité …

   

Si le cheval refuse ces contacts, monte brusquement son encolure et sa tête, fouaille de la queue, bouge et tente d’échapper aux contacts, ne le montez pas ! Ce cheval n’est pas prêt à affronter les aléas des balades. Et il y a fort à parier que vous auriez bien des difficultés à le seller calmement et dans le confort …

4 – Le cheval sait céder à la pression …

Vous vous placez parallèle à la tête du cheval, un peu en avant de l’épaule, en regardant dans la même direction que lui et en laissant un peu d’espace entre lui et vous.  En posant votre main sous l’auge, sur l’attache du licol, vous exercez une pression légère vers le bas. Le cheval doit « suivre » votre demande et baisser la tête jusqu’au sol.  Vous ne tirez pas, vous ne relâchez pas votre pression tant que le cheval ne cède pas, vous ne mettez pas non plus davantage de pression pour l’obliger à baisser la tête.

Ne restez pas trop près du cheval … J’en garde un mauvais souvenir : un cheval qui a jambé brutalement, son pied retombant sur le mien, manifestant ainsi une intense douleur au garrot …

Si le cheval cède, il saura s’arrêter à une demande légère, même à vive allure. S’il ne cède pas, voire se défend, relève la tête brutalement, bouge, tente d’échapper à votre demande, il sait s’arrêter mais il ne sait pas que son confort est dans la cession à la pression. En cas de « panique », vous ne pourrez pas l’arrêter … Il vaut mieux aussi ne pas attacher ce cheval, il pourrait « tirer au renard ».

   

Merci à Andy Booth qui insiste sur la nécessité de cet apprentissage pour tous les chevaux. Grâce à cela, nos jeunes chevaux qui savent tous « céder à la pression » n’ont jamais « appris » à être attachés et, lorsqu’ils l’ont été pour la première fois, ils ont su immédiatement aller vers l’attache plutôt que de tirer contre elle. Si le cheval ne cède pas à la pression, ne le montez pas, vous seriez en danger.

5 – Le cheval sait suivre une sensation …

Si vous avez la chance de disposer d’une longue longe (+ de 3m50), vous passez la longe (qui est attachée à l’anneau du licol) sous l’encolure du cheval de façon à ce qu’elle se trouve sur le côté du cheval où vous n’êtes pas. Vous la faites glisser le long du corps jusqu’à la croupe et vous la placez en haut des postérieurs.

Vous vous reculez jusqu’à l’extrémité de la longe, perpendiculaire à la croupe du cheval et vous exercez une légère pression qui va amener la tête du cheval à l’opposé de vous, en incurvation. Le cheval suit cette sensation et fait demi-tour pour vous faire face. Il le fait calmement, parfois en s’interrogeant un peu (il s’arrête) parce qu’il ne vous voit plus. Il peut être monté en sécurité, il suivra votre main calmement, sans résister.

   

   

 

Si vous disposez d’une longe courte (« normale » !), vous vous placez devant le cheval, à 1m50 environ, vous ouvrez votre bras à droite par exemple et vous vous penchez vers l’épaule gauche du cheval, pour l’envoyer sur un cercle autour de vous. Vous ne bougez pas, c’est le cheval qui doit suivre la demande de votre longe.

Dans les deux cas, si le cheval se défend, secoue la tête, recule, ne le montez pas. Il ne saura pas suivre votre main, même douce et il résistera si vous durcissez votre main (ce qu’il ne faut jamais faire bien sûr). Vous ne seriez pas en sécurité.

 

Le cheval refuse une seule de ces demandes, et dans l’ordre proposé (échec en 1, on arrête – réussite en 1 et échec en 2, on arrête, et ainsi de suite), vous le rendez poliment à votre accompagnateur. Ne craignez pas les moqueries, les quolibets, les « vous n’y connaissez rien », les « t’as juste peur », ce sont votre corps et votre vie qui sont en jeu, pas celle des moqueurs !!!

Vous risquez de vous rendre compte que bien des chevaux ne peuvent pas être montés en toute sécurité. C’est dommage … Ce ne serait pas si difficile de les aider à accepter les cavaliers dans le confort et la confiance.  Mais, en attendant qu’ils apprennent, mieux vaut vous abstenir de monter sur leur dos …

Le cheval sait répondre positivement à ces 5 demandes, vous pouvez partir en balade sereinement, avec votre casque évidemment, et même si tout peut toujours arriver ( !!!), vous avez avec vous un cheval capable de vous écouter, de vous comprendre et de rester avec vous en toutes circonstances. Vous ne serez pas un « cavalier clandestin » !

 

Alors, bonnes balades de ouacances …

Dans le respect du cheval, le confort et la confiance …

 Et merci à notre mannequin Dobbin, hongre Gypsy Cob de 14 ans.

A lire pour tous les amoureux des chevaux …

A lire pour tous les amoureux des chevaux :

 

 

Diane Ducret,
Corpus Equi, Paris, Pocket, 2013

 

 

J’ai retenu mille choses et celle-ci que je partage :

« Les paradis de l’enfance nous semblent parfois bien loin lorsque seuls, infirmes, malades ou déprimés, nous devons continuer d’avancer. Mais il est un lieu précis de l’existence où l’ombre et le corps de rejoignent.

Ce moment-là, il faut le saisir, marcher face au soleil, mettre le pied à l’étrier qui s’offre à vous, triompher de la gravité, galoper sans soucis de gloire ou de fortune, à l’ère mécanique ne pas aller bien vite peut-être, mais libre » …

A cheval, quoiqu’il arrive dans nos vies …

Le Paradigme de la ferrure …

Laissez-moi vous conter l’histoire du Paradigme de la ferrure.

Il était une fois trois singes de la tribu de la « Connaissance » en quête de savoir.

Au détour d’un chemin, ils rencontrèrent la horde des chevaux appelée les « Ferrés ». Ceux-ci ne marchaient pas pieds-nus !
Quelle ne fut pas la surprise de nos trois singes !
Le premier de la Connaissance demanda : « Quelles sont ces choses que vous avez sous vos pieds »
Un Ferré répondit : « Je ne sais pas »
Le second questionna : « Pourquoi avez-vous cela sous vos pieds ? »
Un autre Ferré dit : « Je ne sais pas non plus »
Le dernier Connaissance demanda : « Depuis quand avez-vous cela ? »
Un vieux cheval rétorqua violemment : « Arrête tes questions ! On a toujours eu ça ! c’est comme ça et pas autrement ! »

Les trois Connaissance furent surpris et étonnés. Eux, n’avaient rien sous leurs pieds !

Chemin faisant, ils se mirent en recherche de nourriture. C’est connu, les singes aiment les bananes.

Vint la rencontre des singes de la tribu des « Racines » car ils mangeaient des racines.
Les Racines vivaient dans un endroit où les bananiers étaient abondamment couvert de bananes.
Les trois Connaissance se précipitèrent pour manger des bananes mais …la tribu des Racines les en empêchèrent en leur disant très très fort : « faut pas y aller, faut pas y aller ! ». Mais personne ne savait pourquoi.
Dépités et n’aimant pas les racines, ils s’en allèrent.

Enfin, ils virent un vieux singe aux poils blancs et la barbe très longue, seul sous un bananier.
« Bonjour vieux singe » dirent les trois Connaissance.
« Bonjour » répondit le vieux singe.
« Savez-vous pourquoi la horde des Ferrés ne marche pas pieds nus ? » demandèrent les Connaissances.
« Oui » répondit le vieux singe.
« Savez-vous pourquoi la tribu des Racines ne mange pas de bananes ? » demandèrent les Connaissances.
« Oui » répondit le vieux singe.
Et il leur raconta ses souvenirs.

« Un jour je me suis enfui d’un laboratoire où la tribu des « Idiots » nous avait enfermé pour faire des expériences.
Un groupe de la tribu des Idiots plaça cinq singes de la tribu des « Normaux » dans une pièce au milieu de laquelle se trouvait un escabeau permettant d’accéder à des bananes.
La première fois qu’un des Normaux essaya de grimper à l’escabeau, les Idiot arrosèrent les autres singes avec de l’eau glacée.
A chaque fois, qu’un Normaux s’approchait de l’escabeau, les Idiots arrosaient les autres singes avec de l’eau glacée.
Au bout d’un certain temps et à chaque fois qu’un des Normaux essayait de monter sur l’escabeau, les autres le frappaient par crainte de prendre une douche glacée.
Bien entendu, au bout de quelques temps, aucun des Normaux ne se risqua à grimper sur l’escabeau malgré la faim.

Les Idiots décidèrent alors de remplacer les Normaux. Pour commencer, un seul Normaux de la tribu fût remplacé par un nouveau. La première des choses que fît le nouveau fut d’essayer de monter sur l’escabeau.  Aussitôt, les autres le frappèrent.
Quelques jours plus tard, le nouveau membre de la tribu avait appris à ne plus grimper sur l’escabeau sans même connaître la raison de cette interdiction.

Un deuxième Normaux fût remplacé et subit le même sort que le premier. Ce dernier se joignit aux autres pour le battre dès qu’il tentait de grimper sur l’escabeau.
Bien entendu, le Normaux arrivé juste avant lui participa à la punition… avec enthousiasme, parce qu’il faisait désormais partie de « la tribu ». La nouvelle tribu des Racines !

Un troisième Normaux fut échangé et le processus se répéta. Le quatrième et le cinquième furent changés tour à tour. Tous subirent le même sort dès qu’ils tentèrent de grimper sur l’escabeau.

Le groupe des cinq Racines, bien que n’ayant jamais reçu de douche froide, continua à frapper tout nouvel arrivant qui tentait de monter sur l’escabeau.

À ce stade, les Normaux qui agressaient n’avaient aucune idée de pourquoi ils n’avaient pas le droit de grimper l’escabeau. Pas plus qu’ils ne savaient pourquoi ils participaient à l’agression du dernier arrivé.

Au final, après avoir remplacé tous les Normaux d’origine, aucun d’entre eux présent dans la pièce n’avait été arrosé d’eau froide. Cependant, aucun ne tenta de grimper l’échelle. Pourquoi ? Parce que dans leur esprit… “Je ne sais pas, mais ici c’est comme ça.”

Ce n’est pas parce que nos pratiques se répètent qu’elles sont justifiées. L’observation, la compréhension, le questionnement et la recherche nous toujours font progresser.

Source : http://www.republicain-lorrain.fr/actualite/2015/03/14/trois-petits-singes

 

« Ne rien vouloir dire de ce qu’on sait pour ne pas prendre de risque, ne pas vouloir voir ce qui pourrait poser problème, et ne pas vouloir entendre pour pouvoir faire comme si on ne savait pas. »

« Ils ne savaient que c’était impossible, alors ils l’ont fait. » Mark Twain (1835-1910)

 

Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existées est purement volontaire … Oups ! … est purement fortuite bien sûr …

Source : Stephenson, « Cultural acquisition of a specific learned response among rhesus monkeys », Progress in Primatology, Stuttgart, Fischer,‎ 1967, p. 279-288

 

Pierre Bahette – Mai 2017

Des étudiants de l’Université de Nantes découvrent les Chevaux Autrement …

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Le stage découverte proposé aux étudiants en Master 2 Logistique Internationale de l’Université de Nantes leur a permis d’approcher les Chevaux Autrement. Apprendre à construire son regard sur le comportement des chevaux, avancer sur le chemin du langage corporel pour atteindre un objectif unissant confort et confiance – c’était un défi pour ces futur(e)s manageur(e)s … et ils (elles) ont réussi.

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Le Cheval Autrement – Ferme Equestre La Rintruère F- 85540 Le Champ-Saint-Père
+33 (0) 6.84.08.56.42+33 (0) 6.84.08.56.42
N° de TVA intracommunautaire FR 43493514541 : SIRET 493 514 541 00033 – RC AVIVA 76077968

Retour sur les stages de Noël

Les 22 et 27 décembre 2016, les stagiaires du Cheval Autrement ont profité des rayons de soleil hivernaux pour découvrir deux nouvelles disciplines :

  • La voltige : se décontracter, dépasser ses appréhensions, et voir le monde de plus haut !
  • L’attelage : comment garnir son cheval, les règles de sécurité en attelage, et un parcours de maniabilité avec une Blossom toujours plus motivée !

Deux journées riches en émotions et en découvertes, terminées autour de bonnes brioches maison partagées avec des stagiaires tout sourire.

Note pour les chevaux âgés

Même si les conditions de vie que nous offrons à nos chevaux sont très éloignées de leur vie naturelle, il est cependant possible de contribuer à leur bien-être, tant physique et biologique qu’émotif. Les principes qui guident cette démarche s’appuient sur les travaux des éthologues scientifiques dont les observations et les expériences permettent de connaître de mieux en mieux les chevaux, leur mode de vie, leurs comportements, leurs perceptions et l’expression de leur bien-être/mal-être.

Définition du bien-être

Le bien-être animal est habituellement défini par les scientifiques à partir des « cinq libertés » énoncées par le Farm Animal Welfare Council qui font aujourd’hui consensus dans la communauté scientifique.
Ces libertés indispensables sont définies ainsi :

  • Absences de lésions ou de maladies
  • Absences de stress climatique ou physique
  • Absence de faim, de soif et de malnutrition
  • Absence de peur
  • Liberté d’exprimer des comportements normaux (pour l’espèce)1.

L’OIE (World Organisation for Animal Health) a précisé cette définition du bien-être :

« On entend par bien-être la manière dont un animal évolue dans les conditions qui l’entourent. Le bien-être d’un animal est considéré comme satisfaisant si les critères suivants sont réunis : bon état de santé, confort suffisant, bon état nutritionnel, sécurité, possibilité d’expression du comportement naturel, absence de souffrances telles que douleur, peur ou détresse.
Le bien-être animal requiert prévention et traitement des maladies, protection appropriée, soins, alimentation adaptée, manipulations réalisées sans cruauté, abattage ou mise à mort effectués dans des conditions décentes ».

Besoins vitaux des chevaux

Pour appliquer ces définitions au bien-être des chevaux, encore faut-il connaître leurs besoins de vie, leurs conditions normales de vie. Pour les rappeler brièvement :

  • Le cheval est un animal mobile qui doit pouvoir se déplacer librement
  • Le cheval est un animal rythmé : 15-16h consacrer à l’alimentation en marchant, 5-6h au repos, 2-3h en veille, 2h en déplacement, le reste du temps étant consacré aux interactions sociales, à la reproduction, à la maintenance
  • Le cheval est un animal social qui vit en groupe et qui développe des relations privilégiées avec certains de ces congénères2.

Le piège le plus courant dans l’analyse que nous portons sur ce qui nous entoure est l’anthropomorphisme, c’est-à-dire l’attitude qui consiste à plaquer sur notre environnement nos perceptions, nos habitudes et nos sentiments humains, y compris sur nos chevaux.

En plus des éléments généraux de bien-être qui s’appliquent à tous les chevaux, y compris les chevaux âgés, nous retiendrons deux éléments qui viennent plus particulièrement contribuer au bien-être de ces chevaux âgés : l’attachement au domaine vital et les relations affines.

 

Application aux vieux chevaux

Les principes qui régissent le bien-être des chevaux âgés sont les mêmes que ceux qui régissent les autres chevaux.
Pourtant, nous leur appliquons nos pratiques sociales, avec beaucoup de bonne volonté mais sans tenir compte de leur bien-être : notre société a pris l’habitude d’isoler les personnes âgées dans des lieux de vie qui leur sont destinés, saisons de retraite, maisons collectives avec services à la personne voire hôpitaux spécialisés.
Notre regard spontané sur les chevaux âgés nous incitent à procéder de la même manière, en les sortant de leur lieu de vie habituelle pour les installer dans des lieux spécialisés pour les « vieux », de la même façon que nous pensons que les chevaux ont besoin d’être protégés de la pluie et des intempéries en étant enfermés dans des box, habillés avec des couvertures, chaussés de fers, etc.

Les propriétaires de chevaux âgés s’en séparent, bien souvent parce qu’ils ne peuvent plus les utiliser et que le coût de leur maintien dans leurs conditions de vie habituelles est trop élevé quand il s’agit d’acheter un autre cheval. Des associations se sont spécialisées dans l’accueil de ces chevaux devenus trop vieux pour satisfaire leurs cavaliers et l’habitude s’est prise de rassembler les vieux chevaux en dehors de leur lieu habituel de vie. Du coup, il est devenu socialement normal que les chevaux âgés soient déplacés vers d’autres lieux de vie que les humains pensent plus adaptés à leur âge, sans tenir compte de leurs besoins, de leur bien-être et de leur vie de cheval.

Les chevaux sont très attachés à leur domaine vital, c’est-à-dire à l’endroit dans lequel ils vivent habituellement. Même si les chevaux ne sont pas territoriaux – ils ne défendent pas leur lieu de vie et acceptent le passage d’autres espèces non menaçantes, ou même la cohabitation – cela ne les empêche pas de développer des habitudes de vie dans le lieu qu’ils fréquentent au quotidien et de s’y attacher, c’est-à-dire d’y vivre dans le confort et la confiance3. Cela est particulièrement vrai pour les chevaux âgés : ils se déplacent moins vite et moins bien, ils voient parfois moins bien, ils entendent moins bien et il est très rassurant pour eux de bien connaître l’espace dans lequel ils vivent. Le changement de lieu de vie peut être extrêmement angoissant : il leur faut trouver de nouveau repères spaciaux, développer de nouvelles habitudes de déplacement, de protection, de pâturage à un moment de leur vie où il leur est plus difficile de s’adapter aux changements.

Mélange de génération
Différentes générations de chevaux pour des liens sociaux améliorés

Les chevaux développent des relations « affines » (« amicales ») avec certains de leurs congénères et ils créent des attachements forts, concrétisés par la proximité du congénère « ami », les périodes de toilettage mutuel, la veille réciproque des moments de repos. Là encore, cela est particulièrement vrai pour les chevaux âgés et l’on voit, dans les groupes, « l’ami » du cheval âgé veiller sur les temps de repos, rester en proximité plus accrue, procéder au toilettage avec moins d’énergie qu’avec un cheval plus jeune, attendre le cheval âgé dans les déplacements du groupe, par exemple. Si, en situation naturelle, les chevaux âgés (comme les chevaux blessés) sont abandonnés par le troupeau parce qu’ils attirent les prédateurs, il semble que cela soit différent en situation domestique et le cheval âgé, même s’il est plus souvent isolé (plus loin du groupe) que les autres chevaux, n’est pas abandonné ni oublié par son/ses congénères-amis.

Observation du bien-être du cheval âgé

L’évaluation du bien-être du cheval âgé va s’effectuer de la même façon que celle des autres chevaux. On retiendra 7 indicateurs pour cette évaluation :

  • L’observation du répertoire comportemental par rapport au comportement naturel en notant les comportements présents ou absents
  • Le budget-temps par rapport au budget-temps naturel, c’est-à-dire combien de temps est consacré à chaque activité
  • Les postures : oreilles, encolure, orientation de la tête qui sont l’expression qualitative du comportement et qui peuvent révéler des problèmes biologiques
  • Les relations aux humains : l’émotivité, les réactions exacerbées, l’agressivité qui révèlent des troubles comportementaux
  • L’état physiologique et les indicateurs de santé : blessures, état du poil, etc.
  • Le type de travail, la position du cavalier, les consignes du moniteur. Si ce critère ne s’applique pas aux chevaux âgés qui ont arrêté le travail, il peut être intéressant de s’interroger sur le travail qu’ils ont fourni et ses conséquences sur leur bien-être4
  • Les comportements stéréotypés ou répétitifs, qui sont rares si les chevaux ont des conditions de vie proches de leurs conditions naturelles. Il convient cependant d’être attentif aux « faux-amis » que sont le jeu chez les chevaux adultes, le bâillement, la locomotion active et le mâchouillement qui sont souvent perçus spontanément comme des preuves de bien-être alors qu’ils sont peut-être des indicateurs de mal-être5.

C’est donc l’observation bien informée qui va d’abord constituer l’outil à partir duquel il est possible de porter un jugement sur la situation de bien-être/mal-être de tel ou tel cheval. Les critères vétérinaires pourront confirmer ou infirmer ces observations. Les a priori, les lieux communs, la tradition, le bon sens, la bonne volonté et l’habitude ne sont pas les amis des chevaux. Bien au contraire. Et on se méfiera de certains écrits, cousus de bonne volonté, mais à des années-lumière des besoins des chevaux, tout particulièrement en ce qui concerne les chevaux âgés.
On aura à coeur de s’informer auprès de ceux qui construisent, depuis déjà des années, les connaissancesnous permettant de mieux accompagner la vie de nos chevaux dans le respect des modes de vie de leur espèce et en pleine conscience des contraintes que leur impose la vie domestique dans laquelle ils évoluent pour notre seule satisfaction, au mépris de leur liberté.

 

Maryse Souchard
– DU en Ethologie du Cheval, Université de Rennes 1
– Comportementaliste équin Label SFECA

 


1 – Anne Brulé, Institut de l’élevage, « Evaluation du bien-être animal : exemples de différentes démarches », communication à la Journée d’information sur les actualités en éthologie équine, Le bien-être du cheval. Evaluation, perception, enjeux, Saumur, 9 avril 2015, par exemple.

2 – Martine Hausberger, « Mieux connaître le cheval pour mieux le gérer », Notes de cours, DU en Ethologie du cheval, Université de Rennes 1, 30 janvier 2013.
3 – On lira à ce sujet, par exemple, les travaux de Clémence Simple, Université de Rennes 1, « De l’homme et du cheval : interactions entre pratique et bien-être », communication à la Journée d’information sur les actualités en éthologie équine, op. cit., ainsi que sa thèse de doctorat Stress et bien-être chez le cheval : facteurs d’influence et liens avec la relation à l’homme, Université de Rennes 1, 2012
4 – Ce critère est un facteur de mal-être alors que les autres critères sont des indicateurs de bien-être/mal-être.
5 – Notes de cours du DU en Ethologie du cheval, telles que résumées par Maryse Souchard, notes personnelles, avril 2015.
6 – Il y a, heureusement, de « bonnes » lectures très claires et très précises qui donnent accès aux travaux scientifiques, par exemples deux livres de Hélène Roche, Mon cheval est-il heureux à l’écurie ?, Paris, Belin, 2014 et Comportements et postures, Paris, Belin 2008

 

Des stages pour vivre le cheval autrement, cet été

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La ferme équestre Le Cheval autrement propose cet été des stages dans un esprit d’écoute et de respect pour les chevaux. Ils se déroulent par petits groupes (quatre à six maximum) à raison de trois heures ou d’une journée. « Dès que la météo le permettra, nous organiserons des bivouacs avec les chevaux », explique Maryse Souchard, qui anime ce stage avec Amandine Cox. La ferme équestre péroise, c’est aujourd’hui sept chevaux, Gyspsy cob ou Islandais, dont cinq au travail.

Le succès est au rendez-vous avec une vingtaine de nouveaux élèves, dont des enfants qui apprennent progressivement à gérer leur crainte et à obtenir la complicité du cheval par la douceur. Ce stage d’été de trois heures ou d’une journée peut être une entrée en matière pour ensuite débuter à l’automne un cycle de formation à l’équitation.

Les séances de deux heures se déroulent tous les quinze jours. À l’avenir, la ferme équestre pourra accueillir des cavaliers avec leurs chevaux et les conseillers pour mieux comprendre leurs compagnons, proposer la remise en confiance si nécessaire ou des conseils en phytothérapie, aromathérapie et fleurs de Bach.

Ouest France, juillet 2016, s.a.

Trois enfants autistes s’initient à l’équitation

Logo Ouest France

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La ferme équestre Le cheval autrement accueille depuis le mois d’octobre, deux enfants et un adolescent qui viennent s’approprier la philosophie développée par Maryse Souchard et ses collègues. La devise de l’équipe ? Vivre avec les chevaux, les éduquer et les monter avec compréhension.

La présence de ces stagiaires qui viennent tous les quinze jours, pourrait sembler banale mais elle ne l’est pas. Samuel, 7 ans, Gwenaël 10 ans et Ryan, 15 ans sont autistes. À la ferme équestre, pas question de thérapie, ni de grand discours. Les apprentis cavaliers aspirent à s’initier à une activité de loisirs.

Tous les quinze jours, Pierre Bahette et Amandine Cox accueillent chaque enfant pour des séances de trente à quarante minutes. Les jeunes ont donc découvert à leur rythme, les animaux dociles de La ferme autrement.

Vient ensuite le jour de grimper à chevalLes cavaliers apprennent alors à se servir des rênes avant de s’élancer sur les chemins de randonnées, sous les regards attentifs des parents. « Il y a du changement au niveau du sens du toucher de mon fils. Pour nous les parents, ces séances sont riches en échanges », confie Nathalie, la maman de Ryan. « Au bout de dix séances, nous voyons l’évolution, commente Pierre, l’un des moniteurs. Nous sommes là pour susciter l’envie ». Et à voir l’attention portée par ces jeunes pour l’équitation, le pari semble réussi.

Ouest France, mai 2016, s.a.